07 février 2007

Somatisation

Il y a quelques mois, on a prélevé un tube ou deux de mon précieux sang pour analyses.
Hormis quelques chiffres il est vrai un peu limites, tout était parfaitement normal, même le cholestérol. Mon homéopathe favorite (j'en ai changé depuis, mais c'est une autre histoire...) s'était trompée.

Sauf un taux, qui dépassait vraiment les limites, les GGT (Gamma-Glutamyl-transpeptidase si vous voulez tout savoir) dont l'excès traduit une atteinte hépatique souvent due à l'alcoolisme. Ah bon ??? Moi qui bois environ un quart de verre de vin rouge ou une demi-coupe de champagne trois fois par an, et qui considère que je fais des folies lorsque je m'accorde une Suze ou un Porto en apéro à peu près aussi souvent.

Ma fille ironisa : "Aaaah, tu bois en cachette !"
Mon mari hocha la tête, goguenard : "C'est peut-être l'acool contenu dans les teintures mères homéopathiques..."

Je posai donc la question piège à mon homéopathe qui m'expliqua que cela pouvait avoir une autre origine. Certains médicaments ? Eh non, je prends une gélule de paracétamol tous les deux ou trois ans, jamais d'antibiotiques depuis... des années, et strictement rien d'autre d'allopathique.

- Avez-vous eu une hépatite ?
- Non, non !... Ah, attendez... mais si, vers quatorze ans, j'ai eu ce qu'on appelait encore vulgairement une jaunisse !
- Alors, ne cherchez pas plus loin, ça vient de là.
- Euh... quarante-cinq ans après ?
- Oui, oui, mais ce n'est pas grave, le taux n'est pas affolant, rassurez-vous !

Bien, bien...

Cette histoire me replongea dans ces souvenirs de l'été 62, où je commençais à découvrir les garçons. J'écoutais un copain me jouer de la guitare à l'ombre d'un saule au bord d'un étang, je me baladais sur le porte-bagage du solex d'un autre, pas rassurée mais ravie quand même, et je sortais après le repas du soir surtout pour écouter les plus âgés raconter leurs fredaines, vraies ou enjolivées...

Enfin, il y eut bien une tentative de sortie plus tardive, mais ce soir-là je n'avais pas prévenu mes parents, et je rentrai... je ne sais plus trop, peut-être à 23 h ! Rien d'extraordinaire, me direz-vous... Oui mais, des parents pas encore habitués, c'est vite en colère ! Bref, je pris un savon mémorable, et le lendemain j'avais ma "jaunisse". Ma mère, pudique et discrète, raconta au médecin que j'avais dû manger trop de cerises, mal lavées peut-être, mais ni elle ni moi ne fûmes dupes.

J'eus droit à beaucoup de repos, à quelques semaines de diète, à un été tristounet ; peu de copains vinrent me voir, en septembre je réintégrai mon lycée chéri où aucun d'eux n'était pensionnaire, en décembre nous déménagions... et près de cinquante ans après, il reste, inscrite dans ma chair, la trace de mes incartades d'adolescente.